dimanche 2 octobre 2005

Le patron de la tournaison

"Alors j'ai l'impression que, si nous pensons comme cela, si nous pensons en temps que citoyen du cinématographe, avant de penser en citoyen de telle ou telle nation, cela va modifier de plus en plus notre approche vers le cinématographe. Cela va peut-être aussi nous permettre de faire un certain cinématographe à l'usage d'un certain public, d'un public de spécialistes ; et je pense que le cinématographe sera meilleur, et sera possible parce qu'il sera montré dans plusieurs pays - donc arrivera à payer le coût du négatif - non pas par les grandes foules dans un endroit mais par de petites foules dans plusieurs endroits ; et je le souhaite vivement, parce que j'ai la conviction que le cinématographe est un art plus secret que les arts soi-disant secrets. On croit que la peinture c'est secret, mais le cinéma c'est beaucoup plus secret ; on croit que le cinéma, c'est fait pour les 6 000 personnes du Gaumont-Palace, ce n'est pas vrai ; c'est fait pour trois personnes parmi ces 6 000. (...) Autrement dit, pour aimer un tableau, il faut être un peintre en puissance, sinon, on ne peut pas l'aimer ; et en réalité, pour aimer un film, il faut être un cinéaste en puissance ; il faut se dire : mais moi, j'aurais fait comme ci, j'aurais fait comme ça ; il faut soi-même faire des films, peut-être seulement dans son imagination, mais il faut les faire, sinon, on n'est pas digne d'aller au cinéma."

(Jean Renoir, entretien avec Jacques Rivette et François Truffaut, 1954)

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