dimanche 4 décembre 2005

Gare au Garrel

Après avoir vu Les Amants réguliers, j'avais cherché sur le net des articles qui en parlaient et j'étais tombé là-dessus.

Etant donné la politique éditoriale du site en question qui fait sa une sur une ex-starlette, on pourrait se dire que ce qui est vain, ce sont surtout les lignes d'une "critique" qui attribue des notes aux films (Garrel prend ici un 4/10) :

"Mais si la poésie de certaines images affleure au détour d’un regard, d’un geste ou d’un cadre, celle-ci cache mal un simple film nostalgique et donc vain. Il ne fera plaisir qu’à ceux qui gravitent autour de la sphère Garrel ainsi qu’aux critiques qui se sont réalisés via cette période et qui s’en veulent aujourd’hui les gardiens bouffés aux mites."

Ne gravitant pas autour de "la sphère Garrel" (j'ignorais qu'il en existât une), n'étant pas un "critique qui s'est réalisé via cette période" (en 68, je n'étais pas encore né) et ne m'en considérant pas comme l'un des "gardiens bouffés aux mites" (j'ai un peu de mal à comprendre cette expression), je mettrais cela sur le compte de la mal-compréhension et de la rengaine "c'est du vieux cinéma, vivement le prochain Luc Besson" qui sent bon son "quand on aime la vie, on va au cinéma" et autres adages publicitaires.

Mais lorsque je lis une rapide descente en flammes du même film sur un blog que je lie et lis de temps en temps, ça me dérange un peu plus. Bon, même si je crois comprendre la déception de Godspeed après qu'il a lu une avalanche de critiques positives, j'ai un peu de mal à accepter des phrases comme "esthétiquement magnifique mais aussi creux qu’une pub Calvin Klein (une pub qui durerait trois heures tout de même, avec des garçons bien habillés qui fument et contemplent les murs pour bien montrer qu’ils sont paumés)".
Quoi ? Philippe Garrel aurait-il succombé avec retard au style délicieusement marqué dans les années 80 par Besson, Beineix and co. ? Si oui, qu'a t-il donc à nous vendre ? Le Grand Bleu et 37,2 Le Matin nous vendait une génération à coups de films plats comme des posters qu'on serait bien inspiré de revoir aujourd'hui pour voir à quel point ils ont salement vieilli. Garrel aujourd'hui serait-il la séquelle de tout ça ? J'admets faire là montre d'une totale mauvaise foi et j'imagine que Godspeed n'a pas voulu dire cela (enfin, j'espère).

J'ai l'impression que Garrel fait partie des auteurs dont on peut voir une oeuvre sans connaître celles qu'il a faites et construites auparavant (c'était mon cas lorsque j'ai vu Les Amants réguliers), contrairement à un Godard dont on aurait du mal à appréhender Nouvelle vague (par exemple) sans faire un retour sur son histoire cinématographique / ses différentes périodes.

A aucun moment je n'ai eu l'impression de subir des longueurs (a-t-on jamais entendu dire d'un film "c'est trop court" ?) : c'est apparemment le reproche récurrent fait par ceux qui ont vu le film sans le regarder / sans se laisser regarder par lui. Il m'a semblé plutôt une sorte de pont entre fiction et document reconstituant l'époque telle que l'a vécue Philippe Garrel qui prend son fils et son père comme tenants de ce pont. Un pont soutenu par trois éléments à chaque fois : donc, pour faire vite, passé/présent/futur (1789/1968/2005), père/fils/petit-fils, muet/nouvelle vague/cinéastes post-nouvelle vague, travailler dedans/travailler en dehors /ne pas travailler, etc.

Un film comme des bribes de souvenir recollées avec les imperfections propres à ce genre de "recollection", des bribes de souvenirs qui ne sont jamais soulignées au marqueur comme sait si bien le faire le "cinéma français". Les Amants réguliers pose des questions. Les quelques films vus cette année ne m'ont pas posé beaucoup de questions. C'est pourtant bien le moins que l'on puisse demander au cinéma.

(Et comme on dit sur les skyblogs, lâchez vos coms.)

3 commentaires:

Anonyme a dit…

"Les amants réguliers" est un film magnifique et sans longueurs, bien sûr.

Et comme disait le soixantenaire gueulard aux trois jeunes filles qui s'étaient retrouvées on ne sait trop comment ni pourquoi dans cette salle du Saint André des Arts, et qui trompaient leur ennui en se moquant du film, si vous êtes trop connes pour voir un film de trois heures, restez chez vous y'a la télé.

Matthieu.

godspeed a dit…

Je ne sais pas bien quoi répondre quand même… Evidemment que je ne comparais pas Garrel à la superficialité 80’s de Besson et autres Beinex, en douter serait limite insultant. Après, effectivement, je maintiens mon argument, je trouve Les Amants Réguliers beau mais creux, qu’il ne dépasse pas un certain de niveau de pose (par exemple, cette façon de filmer de jeunes gens alanguis et bien habillés juste pour le plaisir de les filmer) qui le prive, pour moi, de vraie substance (d’autant que je trouve les personnages fantomatiques, sous écris et mal joués (et très cliché dans le cas de Garrel fils), mais bon…). En même temps, l’absence de substance, ça marche parfois mais là, pas pour moi.
Après, plus trivialement ça veut dire quoi ? Pas grand-chose, le film n’a pas marché pour moi, il marchera pour d’autres, tant mieux pour eux. Ce n’est pas si grave que ça, on sait tous très bien que le cinéma, c’est subjectif ; peut-être que je ne suis tout simplement pas sensible au cinéma de Garrel. Par contre sur la phrase trop lapidaire écrite sur le film, je plaide coupable, archi-coupable, je n’aurai pas dû, le but n’était vraiment pas de choquer les défenseurs du film (quand on a la flemme d’écrire, vaut mieux s’abstenir que de bâcler : ça m’apprendra, la prochaine fois je m’abstiendrai).

(Je précise, avant qu’un soixantenaire gueulard ne m’agresse : l’un de mes films préférés, c’est Eureka, d’Aoyama, il dure 3h40 et parle peu lui aussi. J’ai donc apparemment toutes les capacités intellectuelles pour supporter un film de 3 heures (et non américain)).

Anonyme a dit…

Je ne prétendais certes pas que Godspeed, qui a le droit de ne pas aimer "Les amants réguliers", même en donnant de bizarres arguments car en faire un film creu, c'est à mon avis se prendre les pieds dans le tapis, je ne prétendais pas, donc, que Godspeed était une de ces trois jeunes écervelées justement châtiées par mon soixantenaire gueulard.

Matthieu F.

PS : à propos des acteurs tout de même : ils ne jouent pas faux mais Godspeed n'est peut-être pas habitué à une certaine diction en cours dans des films comme ceux d'un brillant prédecesseur de Philippe Garrel, Jean Eustache, suant lui-même par tous les pores son Robert Bresson, leur maître à tous, comme on peut bien dire.