mardi 1 mai 2007

Centre et périphéries

Dans une interview récente, le géographe Christophe Guilluy montre comment Sarkozy a fait carton plein auprès des couches populaires. Son constat - là, j'interprète - rejoint celui du philosophe Jean-Claude Michéa (notamment dans Impasse Adam Smith) : lorsque la gauche ne sait plus répondre à leurs inquiétudes et à leurs attentes, les classes populaires se tournent vers des tribuns (hier Le Pen, aujourd'hui Sarkozy) qui, entre gros bon sens et fascisme décomplexé, leur promettre de "mettre un peu d'ordre dans tout ce bordel" (voir à ce sujet le post de Guillermo, Votez Bigard !).

Premier extrait :

"C’est une France plutôt populaire et périphérique qui a permis à Sarkozy de passer les 30%. La carte du vote Sarkozy ressemble à celle du non au référendum. Il a capté une partie de l’électorat populaire du FN, même si le vote Le Pen résiste dans les régions ouvrières. Immigration, insécurité, peur de la mondialisation : Sarkozy semble faire la synthèse entre ces thématiques. On pourrait croire qu’en votant pour lui les électeurs lepénistes reviennent dans une logique républicaine. C’est oublier les thèmes qui ont été mis en avant par le candidat de l’UMP. Cette situation peut être comparée à la carte du vote Bush au Etats-Unis. La révolution néo-conservatrice vient des zones péri-urbaines et rurales. Ici, les classes populaires blanches en dehors des villes votent Sarkozy ou Le Pen. Le vote Royal et Bayrou est sur-représenté à Paris et dans les grandes villes. La rupture culturelle entre ces deux mondes est énorme. Quelle réconciliation est possible dans ces conditions ?"


A mon humble avis, la gauche (le PS pour une grande part mais il n'est pas seul) a peu à peu oublié ces catégories qui votaient pour elle auparavant en tablant sur une victoire au centre - politique d'une part et sociologique d'autre part. Il n'est pas sûr que le "recentrage" politique soit aujourd'hui une solution (comme cela avait pu l'être pour la réélection de Mitterrand en 88), quant au "recentrage" sociologique pour capter les voix des classes moyennes, voici ce qu'en dit notre géographe :

"
C’est un débat byzantin et inutile. La classe moyenne est un concept culturel. On se moque de savoir si elle démarre à 1000 ou 1500 euros par mois et si elle s’arrête à 3000 ou 4000 euros. Ce qui est important, c’est le sentiment d’y appartenir. Beaucoup de gens, y compris les ouvriers pendant les trente glorieuses, ont le sentiment d’en faire partie, parfois malgré de petits salaires et une certaine précarité. Décrocher de la classe moyenne signifie décrocher culturellement. Le jour où on a l’impression de ne plus en faire partie, on se sent déclassé. C’est la porte ouverte au vote FN. La petite bourgeoisie des villes centres aura plus de mal à voter pour l’extrême droite qu’un déclassé. Le sentiment de déclassement ou de relégation, réel ou supposé, est de plus en plus fort. Cela n’a pas été abordé dans la campagne, ni la question du logement d’ailleurs. Pendant des années on soulève ces questions sociales et, au moment d’en débattre, on parle d’identité nationale."


On peut craindre que la litanie "Charléty, Cali, Renaud et Bénabar" ne changera rien au fait qu'une grande partie de la population se sent, à tort ou à raison, oubliée et méprisée.

3 commentaires:

it had to be you a dit…

Oubliés, déclassés, en quête d'ordre... et beaufs et racistes. Sarko se donne l'image du bon vieux patriarche d'antan (ah les règles, l'autorité) promet + de pognon, - d'étrangers, de casseurs qui piquent le pain des français (travail, allocs...) et parle avec des mots SIMPLES mais musclés donc efficaces.

Rom a dit…

Sauf que la "beaufitude" et le racisme ne sont pas innés - pour reprendre les termes de notre Berlusconi.

it had to be you a dit…

Pour être issue de cette classe populaire ouvrière, la fontière innée/acquise est vraiment ténue... Rien de génétique, juste une imprégnation culturelle tenace. La force de Sarkozy : être terre à terre et sa capacité à avoir une chance d'être élu, pourquoi mes beaufs iraient voter Le Pen?