mardi 26 juin 2007

Recentrage (social)

Ce qui est bien avec la politique décomplexée, c'est qu'on a pas besoin de prendre de gants - après tout, c'est ce qu'on voulu les Français, hein ? Dans la France de "l'avant", on y allait par petites touches pour ne pas passer pour des bourins... C'est terminé, on y va franco désormais : le culturel, le pédagogique, on s'en tape, ça ne fait pas de chiffre. Curieux téléscopage (profitons-en pendant qu'il est encore temps), TV5 repassait l'autre soir 2 (deux !) films de Godard en fin de soirée. Dans ces deux films, il y a un cinéaste seul (Samuel Fuller dans Pierrot Le Fou, Fritz Lang dans Le Mépris) qui doit se justifier, justifier son art face à l'argent.

Sur le service public audiovisuel, on a donc choisi de recentrer les choses. On ne va pas verser une larme sur les situations respectives de Daniel Schneiderman et de Frédéric Bonnaud mais le "principe" de leur licenciement en dit long : on reproche à l'un de ne pas avoir fait assez d'audience pour concurencer des émissions diffusées sur des stations privées ; on fait valoir à l'autre que son émission "n'a pas bougé de concept depuis 12 ans" et qu'il "faut savoir la remercier et passer à autre chose". Il y a fort à parier que pétitions et grève n'y changeront rien (l'accusation de censure, ça ne fonctionne que pour les chaînes privées vénézuéliennes) : on voit mal des décisionnaires sûrs de leur "bon droit" se faire sermonner par le CSA - la première personne qui arrive à me montrer à quoi sert ce Conseil supérieur de l'audiovisuel gagne toute ma gratitude.

Cela dit, la méthode lente a aussi ses "succès". Dans le même quotidien, un article raconte aujourd'hui ce que les Parisiens qui prennent le métro ont vu venir depuis un certain temps :

A Alésia, comme dans 75 stations du métro parisien, les agents ne sont plus habilités à vendre les titres de transport. Il y a toujours des employés aux guichets, mais leur fonction a changé : les anciennes caisses ont été rebaptisées «comptoirs d’information». Leur tâche est de communiquer avec les usagers. Ça fait moderne. Mais pour se procurer des tickets, c’est la machine ou rien. La direction de la RATP prévoit à l’horizon 2010 d’étendre cette automatisation à la plupart des 300 stations du métro parisien. La vente manuelle serait préservée dans une cinquantaine de sites, en particulier aux arrêts desservant les gares SNCF. Cette «modernité» à marche forcée imposée aux usagers est évidemment problématique dans un service public qui brasse le plus grand nombre.

Plus loin :

Les employés des «comptoirs d’information» subissent fréquemment les foudres d’usagers fâchés avec les machines. «Ils nous disent : si vous ne pouvez pas me vendre un billet qu’est ce que vous faites là ?»

Après que les handicapés de la modernité auront compris ce "marche ou crève" social, il sera toujours temps de se séparer des "agents d'information" dont on ne soulignera jamais assez à quel point ils coûtent cher.


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