jeudi 10 août 2006

Bonheur fané, cheveux au vent

Dans un des articles qu'il écrivit pour son "Ciné journal" publié dans Libération, Serge Daney esquisse une théorie à propos de François Truffaut. Tandis que Truffaut-Jekyll faisait des films "familiaux" - où se (re)constitue une famille : Jules et Jim, L'Enfant sauvage, La Sirène du Mississippi, La Nuit américaine, Le Dernier métro..., Mr. Hyde filmait des fétichistes, des obsédés, des instables de la vie desquels la famille était absente ou en voie de perdition : La Peau douce, La Chambre verte, L'Homme qui aimait les femmes...

On peut prolonger ce point de vue en posant que les aventures d'Antoine Doinel sont le point médian de ces deux extrêmes. Les 400 coups évidemment (un orphelin est rejeté par des familles potentielles) mais aussi Baisers volés revu ce soir dans le calme désert télévisuel d'août. Antoine Doinel hésite entre deux vies, Truffaut hésite entre deux lignes de vie pour son double / personnage : L'adultère avec la mystérieuse Fabienne Tabard (Delphine Seyrig, égérie discrète de la Nouvelle vague) ou bien l'amour tout tracé avec la douce Christine Darbon (A-t on vu Claude Jade mieux filmée que chez Truffaut ?) L'homme à l'imperméable qui hante la deuxième partie du film (et conclut celui-ci), est-il un double de Doinel qui prendrait la voie Hyde ou un Bertrand Morane en devenir ? Entre tours de passe-passe (les plans du magicien comme illustration du film entier), filatures et vraies coïncidences, Baisers volés raconte cette quête (impossible ?) du milieu idéal.


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