mercredi 29 novembre 2006

Ne pas savoir où aller

"La création de valeur n'est pas dans la concurrence, mais dans la coopération. Il y a tant d'action gratuite dans la vie que l'on ne voit pas, que l'on ne valorise pas. Et que le marché siphonne ou récupère. Le marché a mis des barrières, des péages, de l'argent partout. Or l'anticapitaliste par excellence, c'est le chercheur. Il ne peut pas être dans la compétition, doit penser don contre don. La création est le passager clandestin du capitalisme. La création, c'est poétique. La création, c'est l'antimarché. C'est ne pas savoir où aller quand le marché dit que c'est là qu'il faut aller. C'est sortir des sentiers battus. A Berne, Einstein ne branlait rien à l'Office des brevets : il y a pensé sa théorie de la relativité. «Je vois des chercheurs, pas des trouveurs», disait de Gaulle. C'est stupide... Si on avait cherché l'Internet, on ne l'aurait pas trouvé. La face émergée de l'iceberg, la valeur marchande, ne voit pas la face immergée : la recherche. Les fourmis, égoïstes, épargnantes, ne sont rien sans les cigales. Pour créer de la richesse, il faut de la gratuité, de la beauté inutile. De l'anticapitalisme, en quelque sorte..."

("La mondialisation n'est pas heureuse, elle est sadomaso", interview de Bernard Maris dans Libération)

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