samedi 27 octobre 2007

Musique générique

De même que depuis quelques années la photographie s'est vu progressivement remplacée dans les media par les images génériques, la musique populaire se voit frapper par le même type de phénomène. Rien qu'aujourd'hui, j'ai entendu "la fille sympa qui ne se prend pas au sérieux et qui ne chante pas tout à fait juste", "le chanteur sympa qui a fait un album de reprises agréables à entendre" et puis aussi une chanteuse de "are'n'bi" dont je n'ai même pas retenu le nom (mais le propre du r'n'b français n'est-il pas de disposer de nombreux interprètes interchangeables ?).

Dans les années 60, des forçats avaient pour emploi de pisser de la mélodie pour remplir des disques qui surfaient sur le courant musical du moment (twist, surf-music...) comme d'autres avant eux pissaient de la copie pour vendre du roman populaire. Les plus doués d'entre eux ont fini par sortir du lot, se trouver un style et devenir peu ou prou des artistes (Simenon, Lou Reed, etc.).

Aujourd'hui, ce sont des "artistes reconnus" (je n'ai rien de personnel contre Sandrine Kiberlain et Laurent Voulzy mais ils sont loin de correspondre à une quelconque définition même extensive de l'artiste) qui entrent dans une case non pas qu'ils ont créée mais que le marketing leur assigne après coup. Par extension, il s'en suit logiquement que le marketing précède la création - les émissions de télé-crochet scénarisées comme stade ultime de cette inversion - et qu'on donne aux public non pas quelque chose qu'il pourrait apprécier mais quelque chose qu'il aimera à coup sûr. De la musique générique donc.

1 commentaire:

it had to be you a dit…

Belle plume. Belle pensée. On dirait du Chronic'art. J'ajouterais via Bruno Lussato, "si vous êtes sous influence, si vous êtes pris dans ce trou noir, vous ne pouvez pas vous en rendre compte, comme le poisson ne peut voir l'eau dans laquelle il vit s'il n'en sort pas".